Qui a dit que les deuxièmes élections municipales à l’ère du Renouveau démocratique n’auraient pas autant de succès que les premières, que les candidats se feraient rares ou timorés, que les maires sortants étaient lassés et que les électeurs étaient fatigués ? Si quelqu’un l’a pensé, il s’est manifestement trompé. Certes, l’espèce de nonchalance avec laquelle on est allé chercher les cartes d’électeurs a pu donner le change. Ce ne fut que le change. Se méfier des apparences. La manière calamiteuse dont la CENA a préparé ces élections, la manière catastrophique dont la même CENA a proclamé les résultats auront permis aux populations électrices d’étaler dynamisme, vigueur et patriotisme à revendre.
Dans une démarche pacifique à peine troublée, vingt-quatre communes sur soixante-dix-sept (soit le tiers) se sont opposées à l’élection des maires, rejetant par ce geste les résultats des élections tels qu’ils ont été proclamés par la CENA. Insubordination, indiscipline, incivisme et autres vocables de la série pénale ? Ce sont mots faciles face à la complexité de la situation, mots vides face à la densité de l’événement. Le peuple qui a reconquis et repris la parole en 1990, le peuple qui, pendant dix ans, a défendu contre l’autocratie et la gabegie la parole reconquise, le peuple qui, en 2006, a renvoyé sa classe politique pour instaurer une ère nouvelle, voyait-on ce peuple se taire et se croiser les bras, ravaler tout simplement sa colère devant le sentiment qu’il avait d’une CENA pas à la hauteur de sa mission et rendue par lui - à tort peut-être - coupable d’avoir délibérément faussé les chiffres sortis des urnes ? Voyait-on ce peuple se résigner devant une injustice estimée par lui flagrante ? Les politicards, qui ont raté sciemment le train du changement, et leurs acolytes faux-monnayeurs à propos de tout et de rien et même de toute CENA, non seulement manquent de tenue et de retenue, mais ont en sus une fâcheuse tendance à sous-estimer le peuple qui a balayé, sans coup férir et sans craquelure, dix-sept ans d’un monolithisme rugueux, rugissant et mortifère, le peuple qui a traversé la tête haute dix ans pendant lesquels on tenta de le priver des acquis de son Renouveau démocratique ! Des gens, qu’il faut bien considérer comme arrogants, dangereux en tout cas pour la démocratie, osent manquer à ce peuple qui a souffert de tant d’injustices dont il a su triompher à force d’intelligence et de courage, sans les avatars du Kenya et du Zimbabwe. Le peuple béninois dit non à tous les revanchard assoiffés de pouvoir et qui voudraient, pour la satisfaction de leurs envies personnelles, le pousser à certaines extrémités. Le peuple béninois dit non au travers d’une maîtrise de soi qui force le respect et l’admiration.
Les vingt-quatre communes dressées pour refuser le tripatouillage des chiffres sortis des urnes sont les témoins ponctuels de notre résistance au retour de la Bête. D’autres communes et d’autres patriotes béninois se dresseront de même chaque fois que besoin sera et partout où besoin sera dans notre cher et beau pays. Les forces de l’ordre ont fait leur devoir en restant, pour l’essentiel, l’arme aux pieds : l’armée républicaine au service du peuple ne tire pas sur celui-ci quand il exige le respect de ses droits civiques, le respect des chiffres sortis des urnes. Que nos revanchards impénitents prennent garde de réveiller le Potemkine à force de provocations : embarqués à bord du cuirassé de la flotte impériale russe pour aller mater le peuple en révolte contre la misère et contre l’injustice, les soldats impériaux jugèrent préférable de retourner leurs armes contre les commanditaires de l’abattage du peuple en révolte. C’était en 1905 au bord de la mer Noire. En 2008 au bord de la mer Atlantique, le peuple béninois ne veut d’aucune mutinerie dans le genre du Potemkine. Pour que s’éloigne de nos côtes le spectre du Potemkine, nos revanchards prêts à tenter le diable pour la reconquête du pouvoir doivent savoir raison garder et patriotisme retrouver.
Quant à nous, patriotes, saluons au passage ce peuple prévenant qui, au travers de ses vingt-quatre communes en révolte, a l’immense talent de préparer pacifiquement en 2008 les élections pacifiques de 2011.

Je suis désolé Professeur. Pensez-vous q’une erreur malicieusement délibéré de l’ensemble des membres de la cena soit à l’origine de ses troubles? Ok! La CENA de M. Todjinou n’aurait pas du apurer les résults provisoires sortis des urnes(car c’est bien de cela qu’il s’agit en vérité M. le Ministre, et vous êtes loin des réalités, je crois). Mais est-ce une raison suffisante pour empecher l’installation des conseils? Avez-vous toujours confiance, a la FCBE, aux institutions de la République? Et à la cour supreme? Si c’est oui, alors pourquoi vos militants n’attendent-ils pas le verdict de la cour? Pourquoi ces comportements anarchiques de leur part?
Je peux comprendre les raisons d’ordre public qui ont conduit au report dans certaines communes.Mais je condamne la passivité des forces de l’ordre.