Dans le cadre du premier symposium organisé du 28 au 31 mai 2008 à l’Infosec à Cotonou sur l’évolution du secteur de la Micro Finance au Bénin, le quotidien le Pays Emergent s’est intéressé aux les services des institutions de Micro finance et à la promotion des petites et moyennes entreprises. Sur ce, il a attendu son micro au Directeur Général du Fonds National de la Micro Finance M. Aboudou Aboubakari qui a accepté répondre avec franchise aux questions qui lui sont posées. Contrôleur de gestion de formation, il partage ici la vision, la méthode de fonctionnement de son institution sans occulter le fameux programme de micro crédit aux plus pauvres lancé par le gouvernement il y a plus d’un an maintenant.
Le Pays Emergent : Monsieur le Directeur Général pourquoi un Fonds National de la Micro Finance au Bénin ?
- Aboudou Aboubakari : Le Fonds National de la Micro Finance a été créé sur demande des acteurs du secteur à savoir les praticiens de la micro finance, les bailleurs de fonds, les bénéficiaires pour pouvoir combler un certain nombre de déficits et de défaillances qui s’observaient au niveau du secteur, c’est-à-dire, le manque de ressources, car il n’y avait pas de l’argent pour que les institution puissent faire les prêts, le manque de garantie qu’on remarquait et au niveau des institutions et au niveau des personnes. Il y a aussi les problèmes de disponibilité des guichets, c’est-à-dire, les points de service où les GMF (Gestionnaires de Micro Finance) vont donner de l’argent au niveau du pays. Vous allez remarquer dans certaines zones à l’intérieur du pays comme l’Alibori par exemple qu’il n’y a pas une banque. Il n’y a pas une grande institution installée dans cette localité du Bénin. Pour régler ces genres de problèmes, et aussi former les bénéficiaires parce que eux tous n’ont pas l’esprit de l’entreprise, ils n’ont pas la notion de comptabilité, ils n’ont aucune notion de gestion d’entreprise, il fallait donc les appuyer sur tous ces aspects pour que la gestion et les remboursements des prêts soient bien faits.
- Vous voulez toucher tous les béninois mais vous vous êtes installés à Cotonou. Quel est alors votre mode de fonctionnement ?
- Notre approche c’est de faire faire c’est-à-dire, que ce n’est pas nous même qui faisons directement. En ce qui concerne la mise en place des crédits, nous intervenons à travers les institutions de micro finance (IMF) qui sont les professionnelles, donc si nous voulons intervenir comme dans le cadre du programme de micro crédits aux plus pauvres c’est des lignes de crédits que nous plaçons au niveau des IMF. Lorsqu’il s’agira par exemple des refinancements, on va signer des contrats avec des institutions de micro finance et c’est comme des prêts que nous faisons aux IMF, et donc, c’est comme si nous étions simplement des grossistes et les IMF sont comme des détaillants et les bénéficiaires à la base sont des clients de l’entreprise que nous sommes en définitive. Voilà comment nous intervenons pour couvrir le territoire national.
- Quel est le taux de recouvrement des micros crédits aux plus pauvres aujourd’hui et à combien près peut-on chiffrer leur effectif ?
- Actuellement nous atteignons les 300 mille bénéficiaires avec les 10 milliards de FCFA qui ont été pourvus par le gouvernement pour l’année 2007. Mais en 2008, nous avons un autre 10 milliards qui nous attend. Ces 10 milliards de FCFA doivent nous servir à faire des programmes complémentaires aux micros crédits aux plus pauvres. Ce n’est pas le programme tel que nous le connaissons parce que par exemple depuis un an qu’on finance des gens, des pauvres, parmi lesquels il y en a qui ne font que l’agriculture et il faut les prendre aussi en charge tout comme ceux qui mènent des activités autres que l’agriculture. Donc, ce complément va servir à développer des programmes pas comme les micros crédits mais des financements à rendre des financements disponibles aux IMF pour prendre en charge ces pauvres là qui existent et qui ont d’autres activités. Quant au taux de recouvrement, il est très bon. Il est aujourd’hui dans les 80%. Celui de remboursement à bonne date est au-dessus de 95%. Pour un programme aussi vaste qui couvre tout le territoire et avec autant de personnes ensemble et en même temps, je crois que c’est un exploit. C’est pourquoi je profite pour remercier les partenaires qui ont travaillé avec nous jusqu’à maintenant.
- Votre mot de fin, Monsieur le Directeur
- Mon mot de fin ne sera qu’un mot d’espoir. C’est vrai que ce programme suscite beaucoup d’inquiétude par rapport au fait que c’est le chef de l’Etat. Donc les gens craignaient qu’il ne soit trop politisé. Le secteur de la micro finance s’en est plaint, comme c’était un programme qui était venu déformer le secteur. Mais nous rassurons tout le monde, c’est un programme purement apolitique. Car il ne favorise pas les militants d’un parti politique. C’est un programme de portage. Le programme ne fait pas la concurrence aux IMF. C’est un programme de portage comme je l’ai dit c’est-à-dire qui amène les non clients des IMF à être des potentiels clients. Nous travaillons pour le secteur de la micro finance et le programme n’est pas politisé. Ce que j’ai à dire pour finir, c’est que tous ceux qui bénéficient de ce programme puisent rembourser leurs prêts et donner au gouvernement la force et les moyens de continuer pour pouvoir aller vers d’autres programmes et les étendre aux couches qui ne sont pas pauvres et qui doivent aussi contribuer au développement du Bénin.
Propos recueillis par Comlan Paul ODAH


