Le monde en ce moment, le monde des pauvres notamment, est traversé par une onde de choc devant laquelle reste impuissante la FAO, prévue pourtant par les Nations Unies pour nous prémunir contre la faim. L’onde de choc, la cherté de la vie au travers de la cherté des denrées alimentaires, fait dire aujourd’hui à la FAO que les prix desdites denrées vont rester élevés dans les dix ans à venir. Dix ans de pauvreté accrue pour les pays pauvres : c’est tout ce que trouve à nous dire la FAO ! Fasse le ciel que l’occident ne dise pas que la FAO a mangé son chapeau pour devenir lieu d’imprévoyance et d’impuissance depuis qu’un Africain s’est retrouvé à sa tête.
L’occident ne le dira pas puisque les causes de la disette larvée annoncée sont connues et ne tiennent pas à la couleur de la peau de Jacques Diouf. Ces causes s’appellent météo peu propice dans les grandes régions de production céréalière, stocks mondiaux peu abondants, envolée vertigineuse des prix du pétrole exprimés en dollar. Et l’on en rajoute en précisant cyniquement que le riz, le blé, le maïs seront grandement concernés par la pénurie annoncée et par la hausse des prix et que, pour la période 2008-2017, l’OCDE et la FAO prévoient, entre vingt autres augmentations, une augmentation de 40% à 60% pour le blé, le maïs et le lait écrémé en poudre. Voilà une manière, comme une autre, d’annoncer les émeutes de la faim en Afrique et les gouvernants effrayés basculant dans le terrorisme contre les populations aux casseroles vides.
Prenons les trois denrées alimentaires citées et ajoutons-y le riz. Pourquoi, en Afrique, nous encombrons-nous du blé et de sa farine alors que nous sommes plus riches en céréales que les pays occidentaux qui, d’ailleurs, ont eu la bonne manière de nous proposer en sus le soja ? Pourquoi nous embarrassons-nous du lait écrémé en poudre alors que chaque matin nos vaches, dont il ne tient qu’à nous d’augmenter le nombre, se tiennent prêtes à nous offrir du lait frais ? Quant au riz, les actuels grands-papas et grands-mamans savent bien qu’il constituait un repas de fête, chichement consommé trois fois l’an, rarement quatre fois. Le riz n’est devenu repas vulgaire, abondamment consommé au quotidien qu’à partir du moment où les pays asiatiques nous en ont inondés, faisant passer le prix de la mesure »towungodo » de 600 francs (non dévalués) à cent francs voire à moins de cent francs. Et nous voilà mangeurs à tout crin d’un riz que nous ne produisions que chichement dans nos bas-fonds et que nous avons cessé de produire à cause de l’abondance asiatique. Fainéantise et farniente.
De fait quand ils commentent l’actuelle cherté de la vie en rapport avec les pays africains, les occidentaux murmurent sous cape : »C’est bien fait pour eux ! Ca leur apprendra à travailler. » Comme si nous n’avons pas travaillé comme des nègres dans leurs champs de coton et de canne à sucre. Quant aux Américains côté yankees, quand on leur suggère de penser à l’Afrique rapport prix du baril de pétrole franchissant les cent dollars, ils grommèlent avec cet accent bien à eux : »L’Afrique ! C’est quoi l’Afrique ? Moustiquaires Imprégnées ! » Oui, tout à fait ! Moustiquaires imprégnées au milieu des marécages et des eaux stagnantes infestés de moustiques qui attendent l’enfant et la mère au sortir de toute moustiquaire.
La leçon est claire. L’actuelle cherté de la vie, installée apparemment dans la durée, doit nous conduire tout droit à la rectification de nos vies et de notre mode d’alimentation, nous amener à comprendre les Chinois qui ne comprennent rien à nos grèves perlées, comprendre les Japonais qui ne comprennent rien à notre culture du retard, comprendre les Occidentaux qui ne comprennent rien à nos vastes espaces verts dépourvus d’agriculture, rien à nos marécages dépourvus de riziculture. Le grand marché de Yaoundé est une abondance faramineuse de denrées alimentaires, et la terre au Cameroun, comme en République Démocratique du Congo, est d’une fertilité à nourrir le monde entier. La leçon est claire : cherté de la vie et rectification de nos vies doivent aller de paire.


