Depuis cet après midi, le cardinal Bernardin Ganti n’est plus. Il vient de tirer sa révérence à l’age de 86 ans soit 5 jours
après la date de son anniversaire à l’hôpital Georges Pompidou en France. C’est le jour de la fête de notre dame de Fatima qu’il a plu au seigneur de rappeler son serviteur. Doyen émérite du sacré collège des cardinaux, il a consacré plus de la moitié de sa vie au service du Christ. Citoyen de la République du Bénin, le Cardinal Bernardin Ganti est le premier Africain à exercer au Saint-Siège à Rome les fonctions les plus élevées auprès du Pape, Chef de l’Eglise Catholique. La nouvelle a été accueillie au Bénin avec un peu de tristesse puisse il n’y a seulement quelques jours que Monseigneur Agboka nous a aussi quitté pour la demeure éternelle de Dieu.
Qui est Gantin
Né le 8 mai 1922 dans ce qui s’appelait alors le Dahomey, colonie française, originaire d’une ancienne famille béninoise, il fut nommé très jeune, à 34 ans, par Pie XII, évêque auxiliaire de Cotonou, pour remplacer son mentor et ami, Mgr Louis Parisot, qui l’avait ordonné prêtre en 1951 et auquel il succède après trois ans. Dans son diocèse, il subdivise le territoire pour pouvoir suivre plus efficacement chaque situation particulière, il encourage l’enseignement en s’appuyant sur des congrégations de religieuses. Il est alors le symbole d’une Église africaine à qui, progressivement, les missionnaires passent le relais.
Un proche de Jean-Paul II
Le jeune archevêque de Cotonou participera à tout Vatican II. « Nous, évêques africains, encore relativement peu nombreux et jeunes, nous avons pris alors conscience du changement considérable que le Concile pouvait représenter pour notre épiscopat et le futur de notre apostolat », confiait-il en 1992 au journal Avvenire. C’est au Concile qu’il fit la connaissance de Mgr Karol Wojtyla. Il intervint en assemblée sur « l’inculturation, base et condition pour une évangélisation solide et renouvelée », et participa aux discussions sur le décret Ad gentes, qui prône une évangélisation respectueuse des cultures et des traditions spirituelles des pays. Le jeune archevêque connaissait d’ailleurs déjà Rome, où il avait fait, en 1953, une partie de ses études en théologie et en droit canonique.
Ce n’est donc pas un inconnu que Paul VI fait venir à la Curie en 1971. Devenu secrétaire à part entière deux ans plus tard, il fut nommé, par le même Paul VI, vice-président en 1975 puis président en 1976 du Conseil pontifical Justice et Paix ; une charge qu’il cumulera avec celle du Conseil pontifical Cor unum. Il fut créé cardinal lors du dernier consistoire de ce pontificat, en 1977.
Jean-Paul II s’appuiera naturellement sur ce proche. Il lui confie la très sensible Congrégation pour les évêques, dont il devient préfet en 1984 : l’un des postes les plus importants de la Curie, puisqu’il gère la nomination des évêques du monde entier, mis à part justement ceux des pays de mission. À cette charge, dont il démissionnera en 1998 pour raison d’âge, il dut notamment gérer la crise lefebvriste en 1988. Mgr Gantin avait bien connu Mgr Lefebvre lorsque ce dernier était délégué du pape pour l’Afrique francophone, et il fit tout son possible, en vain, pour le dissuader de consacrer de nouveaux évêques contre l’avis de Rome.
Rentrer « comme un missionnaire romain en Afrique »
De même, en janvier 1995, c’est lui qui dut notifier à Mgr Jacques Gaillot la perspective d’une démission forcée. Le cardinal garda une grande amertume de l’épisode, estimant avoir été dupé par l’évêque d’Évreux, qui communiqua lui-même la menace aux médias après l’entretien et rendit la sanction ainsi inévitable. À cette même Congrégation pour les évêques, le cardinal africain s’était efforcé de lutter contre ce qu’il appelait le « carriérisme épiscopal », à savoir l’habitude des évêques de changer de diocèse pour un diocèse plus important, comme on change de niveau professionnel.
Nommé doyen du Sacré-Collège par Jean-Paul II en 1993, il resta à Rome après sa démission en 1998. À 80 ans cependant, en 2002, il émit le vœu de rentrer dans son pays, comme « un missionnaire romain en Afrique », disait-il en se moquant de lui-même. Un certain cardinal Ratzinger lui succédera comme doyen… Lui voulait continuer la mission en Afrique, certain, comme il l’avait dit un jour à des journalistes francophones, qu’à Rome comme au Bénin, le problème de l’Église était le même, à savoir un problème de foi : « Si nous ne nous accordons pas sur l’essentiel que Dieu nous a demandé par Jésus-Christ, tout le reste s’en va. »
Romuald B.


