Si les résultats annoncés sont confirmés par la CENA (et ils le seront à quelque nuance près), le président-maire de Cotonou peut se réjouir, voire s’enorgueillir : il a remporté une belle victoire en obtenant la majorité absolue, la majorité qui lui permet d’administrer Cotonou sans opposition ou, plutôt, sans l’opposition, si tel est son désir.
Les résultats annoncés revêtent deux avantages. Le premier : ils démontrent qu’aucune armada n’a été levée pour ”arracher” Cotonou à son ”propriétaire” ; en tout cas si armada il y a eu, ledit propriétaire l’aura bel et bien vaincue : victoire à lui ! Et fasse la sagesse du vainqueur que ce ne soit pas une victoire à la Pyrrhus. Le second avantage : les résultats annoncés permettent d’envisager la transfiguration à très court terme de Cotonou : les milliards promis par le président-maire viendront s’ajouter à ceux de l’Etat pour faire passer au plus vite notre capitale économique de son état de ville funèbre à l’état de ville-lumière, de ville emplie de couleurs joyeuses.
Pour en arriver rapidement à cette transfiguration de Cotonou par tous depuis longtemps attendue, le président-maire devra tenir compte de deux paramètres nouveaux dans sa gestion de la ville. Le premier paramètre a trait à la configuration probable du Conseil municipal. Autrefois, la RB constituait autour du maire un bloc compact ; tel ne sera vraisemblablement plus le cas demain ; une opposition pointe à l’horizon, constituée d’une vingtaine de conseillers PRD et FCBE. Sera-t-il bien-seyant de gérer Cotonou en tournant le dos à cette opposition, si quantité négligeable soit-elle ? Pour le bien de Cotonou, le maire devra sans doute créer une synergie et, pour cela, donner des gages à son opposition.
Le deuxième paramètre a trait aux rapports de la mairie de Cotonou avec l’Etat central. Même en cas de décentralisation poussée à l’extrême (voir la Confédération suisse), la principale ville d’un pays, principale sur le plan économique (port, aéroport, marché international, etc.) ne peut être gérée en opposition frontale et permanente avec l’Etat central, si faible puisse-t-il paraître. Dans le schéma de la gouvernance locale au Bénin, quel intérêt pourraient retirer le président-maire et ses administrés d’un face-à-face délibérément tendu avec l’Etat central ? On ne le voit pas. Pour le bien de Cotonou, il sera donc bien-seyant que le maire, à la tête du Conseil municipal, cultive une certaine synergie avec l’Etat central.
Dans chaque cas de figure, au tournant de chacun des deux paramètres, le président-maire devra consentir le simple sacrifice républicain de desserrer l’étau familial autour de la gestion de la municipalité de Cotonou. Cotonou est dans la république, la ”res publica”, la ”chose publique” qui, si elle se constitue de l’ensemble des familles, ne s’accommode pourtant pas de la gestion familiale qui est, par définition, une gestion égoïste (sans connotation moralisante), rétrécie, renfermée, à la vision limitée, au lieu que la gestion républicaine a besoin d’une vision large, altruiste, éclatée au sens de diversifiée. La gestion républicaine a besoin de la touche de tous venus de tous les horizons. Pour le bien de Cotonou, le maire, à la tête du Conseil municipal, devra se résoudre à plus de république.
Au demeurant, Cotonou n’est pas seulement une vitrine économique et politique, le miroir grossissant de la circulation de l’argent, des bras de fer syndicaux, de la course effrénée des hommes et des femmes vers le pouvoir, Cotonou est aussi (ou se doit de l’être) la vitrine de la république en son sens étymologique. Et à qui sied-il, mieux qu’au premier de cordée du Renouveau démocratique, d’amener Cotonou à être une telle vitrine en l’installant résolument et solidement en démocratie et en république ? Il est juste et bon que les jeunes gens et jeunes filles attirés par Cotonou comme par un miroir aux alouettes y découvrent aussi le vrai visage de la démocratie et de la république. Voilà pourquoi il faut convenir simplement que le bicéphalisme familial où s’est illustrée pendant cinq ans la gestion de la municipalité de Cotonou n’est pas un bon exemple. Cotonou doit aller vers plus de république maintenant. C’est un service républicain demandé au premier de cordée du Renouveau démocratique.
