Longtemps confiné à l’intérieur des garages de réparations autos – Motos et de quelques stations d’essence, et vu comme le travail de quelques apprentis mécaniciens à la recherche de quelques petits sous , le lavage auto a connu depuis un peu moins d’une décennie un développement exponentiel au Bénin. A Cotonou, la capitale économique et sa banlieue Calavi la cité universitaire, ces garages de types nouveaux, où l’on ne lave que les voitures et les motos se comptent par centaine et sont éparpillés à travers toute la ville, surtout dans les zones à forte concentration démographiques ou bien dans celles abritant assez de bâtiments administratifs. Tous les types de voitures et de motos y sont la bienvenue. Des gros porteurs aux mini-bus en passant par les véhicules légers d’une part, des cyclomoteurs aux routières en passant par les « Mates », les « djènana », « Lakata » ou « Fosti », tous y sont les bienvenus , pourvu que le propriétaire ait envie de faire laver son véhicule ou sa moto. Un service qu’affectionne particulièrement les clients qui trouvent là un moyen de ne plus se gêner ou perdre assez de temps pour rendre propre leur voiture ou moto. Surtout que les tarifs pratiqués sont à la portée des gens qui ont pu s’acheter une moto où une voiture.
Les « lavages autos » : des petites entreprises à succès !
Le succès de ces petites entreprises de types nouveaux réside dans la qualité de leurs prestations et du coût modique, accessible à tout le monde. En effet, tous les béninois ne peuvent pas se payer le luxe de s’acheter un aspirateur, tiré l’eau courante de la Soneb à domicile ou encore acheter les raccords spéciaux pour tirer l’eau. A tout ceci viennent s’ajouter les facteurs temps et capacité qui ne permettent pas toujours à tous les propriétaires de voitures ou de motos de laver eux même leurs motos à domicile. Et les quelques uns qui le faisaient eux-mêmes ou qui le faisaient faire par leurs enfants, neveux, nièces, petits frères, femmes etc… commencent aussi à solliciter les services des « lavages-autos » qui eux sont plus rapides et plus efficaces.
Monsieur saturnin H. qui fait régulièrement laver sa moto au « lavage auto St Jean Bosco» situé au quartier Mênontin à Cotonou apprécie
« Avant c’est moi-même qui lavais ma moto mais maintenant je viens laver ma moto ici. Si j’ai choisi venir au lavage auto, c’est parce que je n’ai plus le temps de faire ça moi-même. De plus même si je le faisais ça ne serait pas aussi propre comme ceux-ci le font. Car quand j’ai fait la comparaison ils le font mieux que moi. Ils ont des produits qu’ils mettent et cela permet à la moto de garder longtemps sa peinture. En plus, avec leur système, ils arrivent à enlever la poussière, les boues et toutes les saletés qui sont sur la moto. Ils font vraiment du bon travail. De plus ce n’est pas cher c’est trois cent francs CFA seulement ». On comprend donc que c’est le rapport qualité prix qui attire les clients. Et c’est justice si l’on remarque que ce sont les « lavages -autos » les plus équipés et disposant d’ouvriers qui font bien le travail, qui font les plus grands chiffres d’affaires. Comment s’organise le travail dans un « lavage auto » ?
Un travail simple mais organisé.
La plupart des « lavages- autos » sont détenus par des gens qui eux-mêmes ne font plus le travail ou par d’autres qui veulent simplement avoir du profit. Dans ce cas ils créent le cadre et recrutent un gérant qui s’occupe des lieux. Le capital pour ouvrir une telle entreprise n’est pas aussi colossal. Il suffit simplement d’identifier le lieu et de négocier avec les éventuels propriétaires, souscrire à un abonnement à la compagnie d’électricité(SBEE) et d’eau (SONEB), acheter les raccords, les plastiques, un aspirateur, les éponges et recruter la main d’œuvre. Main d’œuvre qui pour la plupart du temps vient se proposer elle-même ses services, compte tenu du mode de rémunération. Les propriétaires eux-mêmes s’occupent beaucoup plus des aspects négoces et argent. Mais ils recrutent des jeunes avec lesquels le contrat est simple comme le précise ici monsieur Houinsou Gratien ouvrier dans un lavage auto situé aux environs du stade de l’amitié de Kouhounou. « Ici, nous lavons les motos à 300 Francs FCA et les voitures à 500. Si nous lavons par exemple une moto, on prend 300 chez le client mais on donne 200 au patron et nous même on garde 100f. Parce que c’est le patron qui a ouvert ici, c’est lui qui paie la facture d’eau et d’électricité car nous utilisons des aspirateurs pour les voitures . Entre nous, comme nous sommes beaucoup si quelqu’un vient avec sa moto on le prend à tour de rôle. Parfois il y a des clients, si tu leur fais ça bien ils veulent que ce soit toi qui leur lave la moto ». On comprend donc que dans un « lavage auto » il y a le sens du partage un certain ordre plus la malice. Une seule personne ne tire pas tout de son côté puisque de toute façon, il ne peut pas tout faire seul. Mais ces laveurs de motos et de voitures ont quelques astuces pour tromper leurs patrons et se faire beaucoup de profits. Comme le précise toujours Houinsou Gratien. « Il y a un produit avec lequel nous lavons les motos pour que la peinture garde toujours son éclat initial. Quelques fois on vole un peu de ce produit au patron et là au lieu de 300F par moto on prend 500F chez les clients et on donne toujours 300 au patron ». Mais qui sont ces travailleurs particuliers ?
Un secteur qui emploie beaucoup de monde.
Aucun travail ne déshonore l’être humain à part le vol. C’est cette philosophie qui semble justifier le choix du métier de laveur de motos et de voitures à ceux là qui l’exercent. Le « lavage auto » contrairement à ce qu’on peut croire est exercé par plusieurs types de personnes : les enfants, les adolescents, les jeunes et les adultes. Tous se plaisent dans l’exercice de leur job, puisque cela leur permet de se suffire. Mieux, la gamme de la clientèle s’élargie avec l’arrivée de plus en plus de motos chinois particulièrement affectionnés par les citadins qui les veulent toujours propres et jolies sans fournir aucun effort. Des gens d’origines aussi diverses, variées qu’inimaginables comme le témoignage monsieur Houngbédji Théophile :« il y a un peu de tout parmi nous. Des gens qui ont appris des métiers comme la mécanique, la menuiserie, la couture, la vulcanisation, des élèves qui n’ont pu achever leurs cycles faute de moyens, des étudiants et des élèves qui cherchent un peu d’argent pour continuer leurs études, bref il y a assez de monde parmi nous ». Monsieur Houinsou gratien raconte son cas personnel : « je suis mécanicien. Quand j’ai ouvert mon atelier les choses ne marchaient pas. C’est ainsi que j’ai décidé de venir chercher de l’argent ici. Je peu x vous dire qu’il n’y a pas de sots métiers. Cela me permet de nourrir ma famille et j’ai pu économiser pour passer le permis de conduire. Et parfois si je trouve de taxi je vais conduire et si les propriétaires le retirent, je viens ici continuer ce job» il apparaît après ces témoignages que tous ceux qui arrivent dans le secteur y viennent de façon provisoire. les mécaniciens de rues qui n’ont pu ouvrir leurs ateliers faute de moyens, que les élèves et étudiants sans soutien contraints de travailler pour se payer les études et assurer les besoins quotidiens. A ceux là s’ajoutent les gérants que les patrons, la plupart du temps nantis, placent permanemment sur les sites de lavage pour surveiller et encaisser l’argent. La catégorie de personnes qui le font est aussi diverse que variée. Il peut s’agir des frères, des neveux, épouses ou amis des patrons, ou simplement quelqu’un de confiance. Malheureusement aucune statistique, aucune enquête officielle n’a pu se pencher sur le secteur au plan national pour fournir des chiffres réels sur le nombre de personnes qu’emploie ce secteur de l’économie informelle du Bénin. Mais d’après nos estimations après enquêtes, on peut estimer ce nombre à plusieurs milliers d’employés pour plusieurs centaines de points de lavage rien qu’à Cotonou et sa banlieue Calavi. Des gens oubliés par les pouvoirs publics, contraints de subir le dictat des patrons qui ne respirent que par l’obtention d’assez de bénéfices. Entre eux-mêmes, ils sont peu structurés et il n’y a aucune structure pour les fédérer et les défendre.
Le « lavage auto » est un secteur qui se développe et emploie un nombre important de compatriotes. Sa structuration et sa réorganisation sont les principaux défis qui attendent ses acteurs. En attendant le meilleur, les pauvres ouvriers subissent toujours le dictat des patrons.
