Les élections coûtent trop chères au Bénin, a-t-on l’habitude d’entendre béatement des béninois même des personnalités les moins soupçonnées du pays. Mais en réalité, ces élections coûtent-elles vraiment chères ? Si oui, cette cherté fait-elle base aux incohérences souvent enregistrées dans l’organisation des élections au Bénin ? Dans le cas contraire pourquoi tant d’impréparations et de couacs dans la conduite des processus électoraux au Bénin ? Au tant de questions qui obligent à aller à l’école d’autres pays démocratiques surtout ceux de la sous région en vue d’évaluer avec précision combien les élections coûtent chères en République du Bénin. Au lendemain des municipales, communales et locales du 20 avril, les observateurs surtout internationaux ont vivement suggéré la pérennisation de la Commission Electorale Nationale Autonome (Cena) aux fins de garantir la bonne organisation des scrutins au Bénin jusque là, référence en matière de la démocratie. Pour répondre aux questions sus posées, nous nous sommes rapprochés du président de la Ceni au Burkina Faso afin que ce dernier partage avec le peuple béninois, l’expérience de son pays en la matière.
Pourquoi pérenniser la Cena
Plus vaste, plus peuplé et démocratiquement moins avancé que le Bénin, le Burkina Faso tient régulièrement et sans au tant de désordres (que ce qui se vit au Bénin) ses élections grâce à sa Commission Electorale Nationale Indépendante (Ceni). Une institution dont la pérennité participe énormément à la bonne organisation des élections au Burkina Faso si l’on s’en tient aux déclarations de son président M. Moussa Michel Tapsoba, Chef de la mission d’observation de la CEDEAO pour les élections municipales communales et locales 2008 au Bénin. A ses mots, le Burkina et bien d’autres pays doivent la bonne préparation de leurs élections à la pérennisation de l’organe chargé de conduire les élections. Selon les standards retenus au niveau international, le coût des élections est évalué par rapport à un électeur. Aujourd’hui, un électeur coûte moins de deux dollars US au Burkina Faso. Dans la sous région, confie-t-il, des élections coûtent entre 4 et 5 dollars US par électeurs. Au Bénin, environ quatre millions des populations votent et évaluant un électeur à 2 dollars US, les élections coûteraient approximativement trois milliards cinq cents mille (3.500.000.000) FCFA. Et puisqu’il faut admettre avec Aristote que « Plus une chose est difficile, plus elle exige d’art et de vertu », la cherté des élections au Burkina Faso n’a rien d’étrange encore moins de condamnable et moins sont les dépenses qu’engendre les scrutins au Bénin car tout ceci peut se justifier. D’abord, la Ceni pérenne du Burkina Faso emploie une centaine de cadres, fonctionne avec un budget annuel d’environ quatre cents millions (400.000.000) FCFA et ses membres son renouvelés tous les cinq ans. En cinq années de règne, la Ceni oblige règlementairement le gouvernement burkinabè à débourser donc deux (02) milliards de francs. Que les élections se tiennent au moins une fois au cours d’un mandat de la Ceni dire que l’Etat doit fait une dépense supplémentaire de plus trois milliards cinq cent mille francs, ce qui porte le coût des élections à environ cinq milliards cinq cent mille (5.500.000.000) francs CFA au Burkina Faso. En suite, au Bénin, les dernières élections municipales, communales et locales ont coûté moins de cinq milliards de francs avec toutes les impréparations que cela a pu enregistrer. Contrairement au Burkina Faso, le Bénin ne crée aucun emploi car les quelques uns créés sont éphémères (mois de six mois de vie). Sur cette base peut-on dire que les élections coûtent trop chères au Bénin ? De toute évidence, le débat aujourd’hui n’est nullement celui de l’assainissement des finances publiques mais plutôt de la pérennisation de la Cena béninoise et ensuite s’imposera de son propre chef l’assainissement des finances publiques au niveau de l’institution, sa bonne gouvernance, la bonne organisation des élections et la fiabilité des résultats des urnes. Car de cette façon, le gouvernement pourra grâce à la Cena insérer le financement des élections dans son budget qui suit bien de circuits avant son adoption. Aussi, cette pérennisation permettrait-elle l’entretien des matériels électoraux qui sont délaissés après chaque vote créant d’autres dépenses à l’Etat qui est obligé de les renouveler à chaque élection. Somme toute, les élections coûtent relativement moins chères au Bénin et les couacs qui caractérisent les scrutins sont les frères puinés du système électoral béninois qui veulent que la Cena soit installée seulement trois mois avant le vote et dissoutes après la proclamation des résultats. Mieux vaudra donc pérenniser la Cena en redéfinissant ses attributions, son fonctionnement et ses composantes pour que le Bénin avance en matière d’organisation des élections.
CPO

