Monsieur Moussa Michel TAPSOBA est le Chef de la mission d’observation de la CEDEAO pour les élections municipales communales et locales 2008 au Bénin. Il est aussi président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) du Burkina Faso, commandeur de l’ordre national du mérite au Burkina Faso.
Vous venez d’achever une mission d’observation des élections communales municipales et locales du Bénin, pour le compte de la CEDEAO. Dites –nous quelles sont les principales remarques que vous avez faites ?
Il s’agit d’une mission d’observateurs de la CEDEAO que j’ai eue l’honneur de conduire. Effectivement nous étions près d’une vingtaine d’observateurs et évidemment avec ce nombre, on ne peut pas couvrir le Bénin jusque dans ses petits hameaux. Si bien que nous nous sommes tenus seulement aux chefs lieux encore que nous n’avons pas pu arriver à Natitingou. Mais nous avons essayé de couvrir les grandes zones d’influence des différents leaders politiques. Nous avons constaté à l’issu de l’examen des rapports des missions qui ont été déployées, qu’il y avait des problèmes liés au déploiement du matériel. Le matériel est arrivé en retard et très souvent était incomplet dans les bureaux de vote. Nous avons remarqué aussi et ça c’est un point positif, que malgré tous ces dysfonctionnements, les électeurs ont pu garder leur calme pour ne pas perturber la sérénité du scrutin. Parce qu’il y avait frustrations. Les populations sont sorties nombreuses dès les premières heures d’ouverture des bureaux de vote et, dans certains bureaux de vote il n’y a même pas eu vote. Mais les gens sont restés jusqu’à la fin de la journée sans violences. Ce comportement du peuple béninois est à saluer. Par contre nous déplorons énormément l’impréparation qui a entouré ces scrutins.
Avec tout ce qu’il a eu comme ratés et que d’ailleurs vous déplorez, que propose la CEDEAO pour aider le Bénin à mieux organiser à l’avenir ses élections ?
Vous savez que les chefs d’Etats membres de la CEDEAO ont adopté en 2000 à Dakar, le protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance. Dans ce protocole, on a mis l’accent sur les bonnes élections comme étant le moyen d’encrer la démocratie durablement dans notre sous-région. Donc, la CEDEAO est tout à fait disponible pour accompagner les gouvernements dans leurs efforts de démocratisation. C’est dans ce cadre d’ailleurs, que quand le président de la République du Bénin a sollicité le concours de la CEDEAO pour observer les élections locales, le président de la commission de la CEDEAO a répondu favorablement, en envoyant non seulement des observateurs mais pas n’importe lequel. Les membres de notre équipe étaient composés essentiellement de membres de commissions électorales dans les différents pays membres de la CEDEAO. Donc c’était une volonté d’appuyer le Bénin avec des compétences professionnelles dont les avis sont motivés parce que étant eux mêmes organisateurs des élections.
Au cours de votre mission, vous avez observé les relations tendues qu’entretiennent le gouvernement et la CENA pour le financement des élections. En votre qualité de président de la commission électorale Nationale indépendante du Burkina Faso, dites-nous quel est le mode de financement des élections dans votre pays et combien coûte une élection au Burkina - Faso ?
Nous avons effectivement assisté à des échanges de mots peu aimables entre le ministre des finances et le président de la CENA, pour pouvoir situer les responsabilités dans les difficultés qu’ont connu les élections. En fait ceci n’est qu’une conséquence, car ce que nous avons retenu c’est qu’il y a un problème structurel au niveau de l’organisation des élections au Bénin. En ce sens que la structure en charge de l’organisation des élections a été mise en place tardivement, si bien qu’il n’était pas possible de bien préparer un scrutin aussi immense. Parce qu’il s’agissait ici d’élire des conseillers tant au niveau des villages qu’au niveau des communes. Et ça c’est un travail de fourmi. Pour revenir à la façon dont sont financées les élections au Burkina Faso, naturellement nous estimons que les élections sont une affaire de souveraineté et les élections au Burkina Faso sont entièrement financées par le budget de l’Etat. Concernant le coût des élections, nous avons au niveau international, des standards et on évalue le coût de l’élection par rapport au coût d’un électeur. Au Burkina Faso, nous sommes à moins de 2 dollars US par électeur. On peut vous apprendre pour vous donner un ordre d’idée, qu’il y a des élections qui se déroulent même dans la sous-région qui coûtent 4 à 5 dollars par électeurs.
Vous avez au cours de la conférence de presse que vous avez animée mardi dernier, suggéré une pérennisation de la CENA au Bénin pour la rendre plus efficace. Dites-nous par rapport à votre expérience du Burkina Faso, comment cela pourrait se concrétiser ? Comment seront désignés les membres de cette CENA pérenne et quels est son budget ?
Comment cela est possible au Bénin ça je ne saurais le dire. Mais je peux donner l’exemple de mon pays le Burkina Faso, où la commission Electorale Nationales Indépendante, la CENI est une institution de la République. Elle est pérenne. La CENI du Burkina Faso est composée de 15 membres désignés de la façon suivante. 5 personnalités qui proviennent des partis politiques de la majorité, 5 personnalités qui proviennent des partis politiques de l’opposition et 5 personnalités qui proviennent des organisations de la société civile.la société civile étant large étant large, la loi a donc circonscrit les organisations qui peuvent avoir des représentants à la CENI. Les mouvements et associations des droits de l’homme qui ont un membre, ce sont les communautés religieuses révélés c’est-à-dire les catholiques, les musulmans et les protestants chacune des trois là envoie un membre. En plus de tout cela la chefferie coutumière qui envoie également un membre. Mais la loi dispose que le président de la CENI est élu par ses paires mais parmi les 5 personnalités qui représentent la société civile. Donc c’est de cette façon que la CENI est composée. Maintenant qu’est-ce que ça coûte à l’Etat burkinabè ? Notre budget de fonctionnement ordinaire est d’environs 400 millions de franc CFA par an. Il faut noter et c’est très important que nous avons près d’une centaine de travailleurs qui constituent le personnel de la CENI. Donc les 400 millions ne sont pas seulement pour les 15 membres de la commission. Maintenant en période électorales, nous élaborons le budget électoral et cela est approuvé en même temps que l’approbation du budget général de l’Etat. C’est-à-dire que si nous avons une élection en 2009 si le décret demandant de commencer la préparation du budget général de l’Etat est en circulation, nous préparons en même temps le budget des élections qui va suivre le même circuit de débat et d’approbation que le budget d’abord au niveau du gouvernement, puis ensuite au niveau du parlement. En fonction des élections bien sûre le prix n’est pas le même. Mais les élections coûtent rarement plus de 3 milliards et demi de francs CFA.
Monsieur le chef délégation CEDEAO, votre souhait pour les béninois ?
Je souhaite bien sûre que le Bénin qui a donné le top départ du renouveau démocratique en Afrique de l’Ouest, continue d’être à l’avant garde de ce combat pour la démocratie. Cela passe naturellement par l’organisation de bonnes élections. Parce que vous savez qu’en démocratie, la dévolution du pouvoir se fait par les urnes. Or si vous organisez une élection calamiteuse, les élus qui vont en découler auront peu de légitimité, et cela peut apporter des dérapages et peut porter un coup sérieux à la démocratie. Mon souhait est qu’il y ait une réforme du système électoral, afin que le Bénin continu de garder sa place de leader démocratique en Afrique de l’Ouest.
Propos recueillis par Dieudonné KATAKOULA et Comlan Paul ODAH

c’est une belle espérience